Commission de consultation
sur les pratiques
d'accommodements liées aux différences culturelles
C. P. 220 Succ. B
Montréal, Qc H3B 3J7 Montréal,
le 27 septembre 2007
Prof. Gérald Bouchard et Prof.
Charles Taylor,
Permettez-moi tout d'abord de me présenter.
Je suis une ancienne immigrante d'origine roumaine, arrivée
au Québec en 1950, en tant que réfugiée politique.
Je n'avais plus de pays, car la Roumanie se trouvait à ce
moment-là derrière le « rideau de fer ».
Je voulais désespérément trouver un pays qui
pouvait devenir le mien et je suis toujours très reconnaissante
au Canada qui m'a accordé le visa d'immigrant et au Québec
qui m'a accueillie et adoptée en me permettant d'accomplir
ma vie, en allant au bout de mes capacités, sans aucune entrave.
Je me considère et on me considère
parfaitement intégrée et mes enfants ont épousé
des québécois de souche. J'ai accompli bien des choses
au plan communautaire, mais surtout j'ai inspiré l'article
2 de la Charte québécoise, le droit au secours et
la loi 83 SQ (Loi favorisant le civisme), sanctionnée en
décembre 1977, ayant comme objet de dédommager une
victime d-'un acte de civisme, ce qui rend le Québec –-
grâce à Me Jérôme Choquette –- le
seul coin du continent américain qui possède une telle
législation, contrairement à l'Europe où tous
les pays en possède.
Devant votre Commission il y a eu
peu d'immigrants ou d'anciens immigrants qui ont apporté
leur point de vue sur les « accommodements raisonnables ».
Permettez-moi d'apporter le mien.
- Je ressens comme une injustice
d'être étiquetée, moi et mon groupe ethnique,
comme des « immigrants sous-entendus demandeurs d'accommodements
raisonnables. Un cours rappel des faits montre que
l'immigration européenne d'après la guerre –-
les politiques et les économiques –- n'ont jamais
demandé d'accommodements. La même chose pour les
vietnamiens, anciens colons français, les Libanais, les
Égyptiens (même musulmans), pays où l'influence
française était très forte, ni d'ailleurs
les Chinois, les Arméniens, etc.
- Ceux qui ont demandé
des accommodements sont parfaitement identifiés :
les sikhs, les juifs hassidiques et surtout les musulmans arrivés
récemment. La Cour suprême a eu le tort
de permettre le port du turban dans la Gendarmerie Royale. La
Commission des droits de la personne et de la jeunesse
du Québec a eu la bonne attitude, en déclarant
qu'imposer un uniforme n'est pas discriminatoire. La même
chose pour le port du kirpan dans les écoles du Québec.
Mais les sikhs ne sont pas nombreux.
Les juifs hassidiques –- qui constituent de 8 à
10% de la population juive du Québec - sont un groupe
qui, comme toute secte (les chrétiens ont aussi les leurs,
mormons, quakers ou autres) ne seront jamais intégrés
et encore moins assimilés. Ils ne le sont même
pas en Israël. Les juifs hassidiques ont demandé
toutes sortes d'accommodements. Certains ont été
refusés, d'autres, acceptés par les tribunaux
québécois.
Les ressortissants de la communauté juive devraient leur
conseiller d'apprendre le français et respecter les règlements
municipaux s'ils ne veulent pas s'exposer à voir leur
maison brûler, comme à Val David.
Et surtout les musulmans qui vivent une période d'intransigeance
religieuse et de fanatisme. (Voir la déclaration
faite sur les ondes de la télévision canadienne
et relatée dans La Presse du 23 juillet dernier, par
l'imam Dr Isvar Achmad qui appelle tous les musulmans d'ici
au jihad) et qui veulent presque répéter les croisades
en sens inverse, après mille ans. N'étiquetons
donc pas toute l'« immigration » ou tous
les « immigrants » comme des demandeurs
d'« accommodements » . Ne mettons
pas tout le monde dans le même panier! C'est injuste et
blessant pour ceux qui n'ont en jamais demandé aucun.
- Quand je suis arrivée
au Québec, l'immigration était considérée
« l'affaire des Anglais ». Le
Roumain gréco-orthodoxe, même s'il était
francophone, était envoyé à l'école
protestante anglaise. (Ce qui a fait que les immigrants roumains
d'entre les deux guerres sont devenus plutôt anglophones).
Pour les Canadiens français, l'immigration représentait :
« Ils sont venus ici prendre nos jobs ! »
Un groupe d'immigrants francophones dont un Égyptien,
un Russe, un Hongrois, un Bulgare et moi-même, nous avons
travaillé d'arrache-pied, dans le cadre d'un organisme
nommé « Le Conseil du civisme »,
pour qu'il y ait un ministère québécois
d'Immigration, pour qu'on offre des cours de français
(les COFI), etc. Il y avait peu de Canadiens français
parmi nous (comme MM. André Patry et Jean Larivière),
mais très rapidement nous avons aidé à
démarrer des changements de mentalité. Ainsi,
le ministère de l'Immigration et des Communautés
culturelles a vu le jour, avec son premier ministre, M. Jean
Bienvenu qui nous a demandé de rester membres du Comité
consultatif de son ministère. Les choses ont rapidement
changé, mais nous avons allumé l'étincelle.
Aujourd'hui, le Québec est maître de sa politique
d'immigration. Il peut donc choisir ceux qui sont à son
avantage.
Pendant cette période, j'ai lu un livre
publié par l'UNESCO. Je me souviens des conseils que l'auteur
recommandait aux pays qui recevaient la masse d'immigrants déplacés
par la guerre :
- Choisissez toujours des gens dont la culture
n'est pas trop éloignée de la population
d'accueil (conseil suivi par l'Australie);
- Soyez très attentifs de ne pas dépasser
le seuil de tolérance de la population
d'accueil.
Je crois que ces préceptes sont toujours
valables.
Les musulmans fanatiques ne sont pas intégrables.
L'exemple de la France, de l'Angleterre et, pour ma surprise,
celui des tranquilles Danemark, Hollande, Norvège et Australie,
nous le prouve.
Le Québec a voulu prendre en considération
un seul critère, la langue, ce qui a fait que dans la période
1997 –- 2001, la France était le 1er pays d'origine
des immigrants (13 550), l'Algérie et le Maroc les 3ème
et 4ème. Dans la période 2002 –- 2006, l'Algérie
est le 1er pays d'origine des immigrants (17 344), le Maroc 4ème
(16 034) et la France, le 3ème selon les statistiques du
ministère de l'Immigration et des communautés culturelles
du Québec.
C'est la culture qui est l'élément
le plus important dans l'intégration, or la culture des
pays chrétiens est tout autre que celle issue de la culture
musulmane. Bien sûr il y a des gens qui vivent leur religion
comme nous vivons aujourd'hui la nôtre, avec modération.
Et je cite : la députée provinciale Fatima
Houda Pépin. Cela est bien sûr différent d'une
personne à une autre, et je souligne cela, mais l'homme
qui impose ou permet à sa femme de porter la bourca ne
le fait certainement pas.
Je me rappelle, il y a plusieurs années,
au début de l'immigration musulmane, Madame la Ministre
de l'Immigration –- dont je ne me souviens plus le nom –-
qui, devant certaines inquiétudes exprimées, a affirmé
que ceux qui émigrent au Canada sont ceux qui se sentent
oppressés par les exagérations religieuses de leurs
pays. Je me demande ce qu'elle a pensé quand la communauté
musulmane de Toronto a demandé que la loi de la « charia »
s'applique dans les conflits familiaux…
- « À Rome,
on fait comme les Romains ». Nous avons
tous vu des journalistes québécoises qui
faisaient leur reportage avec le foulard musulman, par respect
du pays ou elles se trouvaient. Ma soeur et mon beau-frère,
de nationalité américaine, ont passé plusieurs
années en Arabie Saoudite, il y a une dizaine d'années.
Jamais une goutte d'alcool dans leur maison, ma soeur portait
une robe longue qui lui cachait les bras et les jambes, à
la piscine, il y avait un jour pour les femmes et un autre
pour les hommes, etc. Ils ont tous respecté les traditions
du pays qui les a invités. Je me souviens le cas d'une
infirmière de leur équipe : une bouteille
d'alcool a été trouvé chez elle et elle
a été fouettée dans la place publique.
Je ne trouve pas normal que des immigrants imposent leur mode
de vie à la population d'accueil sous aucun prétexte,
ni religieux ni au nom de la Charte des droits et des libertés
ou autre.
Je n'ai pas été mécontente de l'intervention
de Mario Dumont car il a soulevé le couvercle d'une marmite
qui commençait à bouillir. Il faut être
clair: il y a des limites à respecter dans un pays d'accueil.
Société multiculturelle, bien sûr, respecter
les différences, mais il y a aussi des limites. Le foulard
islamique passe encore si on accepte bien la kippa juive, le
visage couvert, la bourka, je ne les accepte pas.
J'ai lutté pour l'égalité des sexes, ces
vêtements sont pour moi une insulte. Un jour, j'ai
vu une image que je ne suis pas prête à oublier.
Chez Maxi, j'ai vu une femme complètement couverte, visage
et tout d'un voile noir, ses mains qui poussaient le chariot,
avec des gants noirs. À côté, l'homme en
jeans et chemisette, son petit garçon aussi. Remarquez
que c'était ce fantôme noir, la femme, qui poussait
le chariot rempli à la caisse. Ça non !
Il faut informer les immigrants, lors de leur
demande de visa qu'il faut renoncer au visage couvert et aux
vêtements offusquant pour ceux qui croient à l'égalité
de sexes. Il faudrait les aviser qu'ils n'auront plus droit aux
mutilations sexuelles, aux mariages forcés, ou à
la polygamie. Cela fait « Hérouxville »,
mais la différence est qu'ils n'ont pas un seul musulman,
tandis que Montréal en a de plus en plus.
- Qu'il me soit permis de
conclure avec une très courte description de l'apport
de mon groupe d'origine, les Roumains :
- Notre communauté a environ 600 ingénieurs
qui travaillent chez Bombardier, Pratt et Whitney, Hydro-Québec,
etc.
- Nous avons eu et avons aussi de nombreux professeurs
universitaires, Prof. Dr. Paskievici, en génie nucléaire,
Prof. Zmeureanu, en ingénierie, Prof. Dr. Mateescu, en
chimie, Prof. Dr. Crainic, en informatique. Prof. N. Matte a
introduit en 1951, le droit aéronautique à
l'Université de Montréal, Prof. Paraschivoiu en
aéronautique et bien d'autres. Nous possédons
également des spécialistes mondialement connu
en droit aérospatial.
- Nous avons trois Roumains décorés
avec l'ordre du Canada et un Chevalier de l'Ordre national du
Québec.
- On doit à l'architecte Hanganu l'Église
abbatiale du Monastère Saint Benoît du Lac, le
musée Pointe à Calière, l'École
des Hautes Études Commerciales, le siège social
du Cirque du soleil et bien d'autres monuments architecturaux.
- On doit le début du développement
de la Ville de Brossard à M. N. Matte, où il existe
un boulevard à son nom. Il a été également
membre de la Commission Gendron qui a recommandé le français
comme langue officielle du Québec.
- Nous avons des écrivains, des artistes
(Montano), des sportifs (Bute, Diaconu), Nadia Comaneci qui
a mis les Roumains dans l'affection des Québécois
et ouvert la porte à bien des Roumains qui ont apporté
leur contribution au développement du Québec.
- J'aimerais ajouter que la Mairie de Montréal
nous a accordé une place publique : « La
Place de la Roumanie » avec une plaque élogieuse
pour la contribution des Roumains au développement de
Montréal. La communauté a été bien
reconnaissante.
L'immigration est une richesse,
il faut seulement savoir choisir !
Je vous remercie pour votre attention,
Mme Monica Matte, M.C., M.S.s.,
LL.D..
Présidente, Mouvement de Solidarité Québec-Roumanie
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